Leçons de niveau 12

Croissance et mondialisation depuis 1850/Les économies-monde successives (britannique, américaine, multipolaire)

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Les économies-monde successives (britannique, américaine, multipolaire)
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Chapitre no 2
Leçon : Croissance et mondialisation depuis 1850
Chap. préc. :La croissance économique et ses différentes phases depuis 1850
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La croissance économique est une conséquence de la mise en place d'une économie-monde fondée sur le système capitaliste et le libéralisme économique. Ce système a été peu à peu imposé depuis le XIXe siècle par les pays anglo-saxons avant d'être adopté par d'autres États.

L'économie-monde britannique entre 1850 et 1914[modifier | modifier le wikicode]

L'étude de la domination économique britannique sur le monde entre les années 1850 et 1914 permet de comprendre les mécanismes du processus de développement de la mondialisation et de la domination économique d'un État. Ces mécanismes n'ont fondamentalement pas changé au cours du siècle, ils ont seulement bénéficié de l'accélération des échanges à tous points de vue.

La domination économique britannique à la fin du XIXe siècle est fondée sur une révolution industrielle précoce. Le royaume d'Angleterre est en effet le premier pays européen à s'industrialiser. Il a donc une avance décisive sur les autres au milieu du XIXe siècle : ses structures de production sont très développées et ont une productivité très élevée pour l'époque.

Les salaires sont hauts (les Britanniques ont le meilleur niveau de vie du monde) mais la mécanisation des structures de production permet de maintenir des coûts de fabrication bas. Les Britanniques ont résolument fait le choix du libre-échange et de la mondialisation de leur commerce. La politique internationale britannique sert le développement économique. Ils ont conquis au XIXe siècle le plus vaste Empire du monde qui s'étend de l'Asie à l'Afrique. Leurs colonies américaines sont devenues indépendantes ou autonomes (dominion canadien) mais gardent des relations privilégiées avec leur ancienne métropole. Le Royaume-Uni a donc des comptoirs et des relais commerciaux dans le monde entier et profite des matières premières de ses colonies, qui sont aussi des débouchés pour leur production. Ils se sont également assuré la maîtrise des mers (ils sont la première puissance maritime mondiale) et des communications (réseau télégraphique intercontinental). Les banques, compagnies d'assurance, grandes compagnies de transport britanniques sont très présentes (et dominantes) dans les grandes places commerciales.

La Grande Bretagne a développé une véritable division internationale du travail pour assurer la performance de ses produits : elle importe les matières premières comme le coton (la première bourse mondiale est celle du coton à Manchester) qu'elle transforme en biens de consommation à forte valeur ajoutée dans ses usines, avant de les exporter (textiles et sidérurgie sont les deux points forts de l'industrie britannique). Elle contrôle aussi 60 % des échanges maritimes ce qui lui permet d'être une plaque tournante de matières premières comme le thé des Indes ou la laine d'Argentine. Les banques britanniques sont très puissantes : elles prêtent de l'argent aux États étrangers et investissent dans les réseaux de transports partout dans le monde.

Le royaume a fait le choix de privilégier les échanges commerciaux avec l'Amérique du nord et l'Europe occidentale qui sont également des régions industrialisées et donc des des marchés intéressants. Cette structure des échanges internationaux forme déjà un embryon de triade, surtout lorsque les relations avec le Japon se développent et que l'on force la Chine à s'ouvrir. Dans ce contexte, la politique étrangère britannique vient en appui du développement économique pour protéger les routes commerciales (la conquête de l'Egypte en 1882 garantit l'accès au canal de Suez).

Mais la Grande dépression de 1873-1896 va toucher durement le pays qui rompt provisoirement avec sa politique de libre-échange et opte pour le protectionnisme (repli sur soi et limitation des importations de produits étrangers par l'augmentation des droits de douane, etc.). Surtout, la concurrence se fait de plus en plus féroce, en particulier venant des États-Unis et de l'Allemagne. Le Royaume-Uni est moins compétitif : les salaires de ses ouvriers sont élevés et l'innovation manque d'investissements ; le pays rate son passage vers la seconde phase d'industrialisation. C'est la fin de l'hégémonie britannique : le Royaume-Uni perd son statut de première puissance industrielle en 1913. Dès 1914, les États-Unis le dépassent dans les domaines du commerce et des investissements financiers.

L'économie-monde britannique.svg

Le siècle des États-Unis[modifier | modifier le wikicode]

Les États-Unis sont un pays neuf au début du XXe siècle : c'est un vaste territoire aux ressources naturelles abondantes dont la conquête a nécessité plus d'un siècle. Il bénéficie d'une forte puissance d'attraction pour les immigrés jeunes et dynamiques venus d'Europe mais aussi d'Asie (Chinois). Ces derniers voient dans le jeune État, terre de la libre concurrence et des « self made men », une opportunité de faire fortune ; la spectaculaire réussite de personnes comme Andrew Carnegie ou Rockefeller les fait rêver. La population américaine est donc un vaste réservoir d'une main d'œuvre nombreuse, jeune, en pleine croissance, et pouvant accepter des salaires bas. Elle constitue également un gigantesque marché intérieur (23 millions d'habitants en 1850, 132 millions en 1940).

Les États-Unis entrent d'emblée dans la seconde phase d'industrialisation et construisent leur pays en fonction du développement économique (les rues des villes, larges et en quadrillage, sont ainsi directement adaptées aux besoins des transports motorisés). Les structures industrielles sont continuellement modernisées et la productivité augmente grâce à des nouvelles méthodes de production, comme le fordisme.

Le pays profite également de la Première Guerre mondiale : il n'est pas touché et devient le créancier des Européens. À la veille de la crise de 1929 et du crash de Wall Street, les États-Unis sont la première puissance industrielle et financière mondiale (43 % de la production industrielle en 1929). Par une politique intelligente de redressement du pays, ils sortent certes affaiblis de la crise de 1929, mais restent la première puissance économique.

Puissance économique depuis 1914, les États-Unis deviennent une des deux grandes puissances en 1945. La guerre a augmenté la force de leur industrie (la productivité des États-Unis restera la plus forte jusqu'en 1960). Les nombreuses innovations mises au point pendant le conflit sont reprises et modifiées par le secteur de la recherche et développement pour être transformées en biens de consommation.

Le pays profite de son influence politique internationale pour asseoir la puissance du dollar. Ce dernier devient la nouvelle monnaie internationale au terme des accords de Bretton Woods (1944). La signature en 1947 du General Agreement on Tariffs and Trade (GATT) permet la diminution des droits de douane et favorise le libre-échange.

Le plan Marshall et la reconstruction de l'Europe permet au pays de retrouver des partenaires commerciaux et un débouché pour sa production industrielle. Jusqu'aux années 1970, dans le contexte de la guerre froide, les États-Unis mènent une politique d'alliance qui prend en compte les intérêts de l'économie américaine (renforcement des liens avec le Canada, dépendance de l'Amérique Latine qui fournit matières premières et produits agricoles).

Depuis les années 1970, les États-Unis ont su conserver leur statut de première puissance économique grâce à une politique d'investissements dans l'innovation très dynamique, et à la puissance de leurs firmes multinationales. Le dollar reste la première monnaie internationale, la culture américaine est connue dans le monde entier, et le pays continue de mener une politique économique énergique en renforçant ses liens avec l'Asie. Cependant, il fait l'objet d'une concurrence accrue depuis la crise des années 1970 et souffre d'un fort endettement, d'un déficit commercial, ainsi que de la délocalisation des lignes de production vers des pays plus compétitifs et aux salaires moins élevés.

Une économie-monde de plus en plus multipolaire[modifier | modifier le wikicode]

Il n'y a plus de nos jours une puissance économique dominant seule l'économie-monde. Depuis les années 1970, de nouvelles puissances industrielles ont émergé et font concurrence à la première puissance économique mondiale qui reste les États-Unis. Le Japon a ouvert la voie à ce développement à partir des années 1960 et a servi de modèle à d'autres puissances asiatiques, dont la Chine (depuis les années 1980) qui connaît une croissance extrêmement rapide et affiche clairement ses ambitions internationales. Le Brésil, l'Inde et la Russie postsoviétique sont aujourd'hui des pays émergents qui comptent à l'échelle internationale et sont membres du G20.

Ailleurs, certains pays pauvres se sont développés en attirant les chaînes de production des grandes firmes multinationales, qui n'hésitent pas à délocaliser leurs usines pour trouver une main d'œuvre nombreuse et bon marché. La nouvelle division internationale suit finalement les mêmes principes de ceux de l'industrialisation européenne du XIXe siècle. Elle est cependant davantage mondialisée car, entretemps, les moyens de transport et les réseaux de communication se sont spectaculairement développés et modernisés, permettant une accélération des échanges et une multiplication des flux.

Dans ce contexte, plusieurs pôles économiques émergent. L'Amérique du nord reste l'un des trois pôles de la triade, avec une place dominante des États-Unis, qui bénéficient d'une grosse avance technologique et profitent de leur marché intérieur. La création de l'ALENA en 1992 (Alliance de Libre Echange Nord Américaine avec le Canada, un PDEM, et le Mexique, un pays « émergent ») a multiplié les échanges économiques intra zone.

L'Union Européenne est le premier pôle économique mondial. Elle produit 28,4 % du PIB mondial et forme le premier marché du monde. Là encore, les échanges économiques à l'intérieur de la zone sont les plus importants. Le dernier pôle économique mondial majeur est la zone Asie-Pacifique, la plus dynamique économiquement avec des pays à très forte croissance comme la Chine (devenue la seconde puissance économique mondiale devant le Japon depuis 2010). Là encore, le commerce régional est essentiel puisque la zone est le deuxième pôle commercial mondial. Les investissements japonais (années 1980-1990) et chinois en Asie orientale ont été essentiels pour le développement de nombreux États de la région.