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Biais cognitifs les plus courants en médecine et leurs conséquences sur les diagnostics et les traitements/Historique des biais cognitifs

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2. Historiques des biais cognitifs

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Les théories sur l’humain, longtemps dominées par les béhavioristes, se sont ouvertes dans les années 1940 grâce aux travaux de John Von Neumann et Oskar Morgenstern, qui postulent que les individus prennent des décisions rationnelles en cherchant à maximiser leurs gains et en évaluant toutes les options possibles selon une logique de coût/bénéfice. Cette vision repose sur l’hypothèse que l’être humain serait un agent rationnel, capable d’analyser toutes les informations disponibles pour choisir la meilleure option. Malheureusement pour ces théoriciens, Herbert A. Simon, va, en 1957[1], bouleverser à tout jamais ces représentations. Ce dernier, considéré aujourd’hui comme l’un des précurseurs de la psychologie cognitive moderne, de l’intelligence artificielle, ainsi qu’une figure importante de l’économie comportementale, amène le concept de « rationalité limitée ».

Ce concept remet en cause l’idée que les êtres humains sont totalement rationnels, et introduit le fait que cette rationalité, est, comme son nom l’indique, limitée. Il explique que nos décisions sont contraintes par divers facteurs, comme le temps, les capacités cognitives, l’accès à l’information etc. Il explique (ce qui est d’ailleurs une véritable révolution de pensée), que nous ne cherchons pas forcément la meilleure solution, mais plutôt une solution satisfaisante. Ce tremblement de terre dans la conception de l’humain va inspirer de nombreux chercheurs, comme Kahneman et Tversky. Daniel Kahneman et Amos Tversky se rencontrent en 1966, alors qu’ils sont tous deux professeurs de psychologie. C’est en 1974 qu’ils publient leur œuvre la plus importante dans la revue Science : « Le jugement dans l’incertitude : heuristique et biais »[2]. Cette publication décrit pour la première fois des mécanismes comme les heuristiques de représentativité, de disponibilité ou encore l’effet d’ancrage. En 1979, 5 ans après, ils publient leur « théorie des perspectives » [3] selon laquelle les individus ne prennent pas leurs décisions en fonction de la valeur absolue d’un gain ou d’une perte, mais en référence à un point subjectif de comparaison. Cette théorie introduit notamment le concept « d'aversion à la perte », mettant en évidence qu'une perte est perçue comme plus marquante psychologiquement qu'un gain de valeur équivalente, soulignant une nouvelle fois l'irrationalité des décisions humaines. Après les théorisations de Kahneman et Tversky, d’autres auteurs ont continué à travailler sur ce sujet. Parmi eux, Richard Thaler, qui a introduit le concept de « nudge », et qui a appliqué les biais cognitifs à l’économie comportementale, ou encore Kahane et Lerner, qui ont travaillé sur l’impact des biais sur les prises de décisions politiques et judiciaires. Aujourd’hui, les biais cognitifs sont devenus un champ de recherche central, mobilisé aussi bien en psychologie, qu’en économie, en santé ou en justice, pour comprendre comment nos raisonnements peuvent être influencés - voire manipulés - par des processus automatiques souvent inconscients.

  1. [1] Herbert, A. S. (1957). Models of Man. Social and Rational.
  2. [2] Tversky, A., & Kahneman, D. (1974). Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases: Biases in judgments reveal some heuristics of thinking
  3. [3] Kahneman, D. (1979). Prospect theory: An analysis of decisions under risk. Econometrica, 47, 278.