Biais cognitifs les plus courants en médecine et leurs conséquences sur les diagnostics et les traitements/Définitions des biais cognitifs et enjeux
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1. Définitions des biais cognitifs et enjeux
[modifier | modifier le wikicode]Les biais psychologiques ou cognitifs peuvent être définis comme des erreurs de raisonnement systématiques, prévisibles, directionnelles et appliquées inconsciemment. Ils sont universels en cela qu'ils font partie inhérente du fonctionnement cognitif humain et agissent comme des filtres perceptifs entraînant du « bruit » dans l'information (Message = signal + bruit)[1].
Ils sont le plus souvent à l'œuvre dans des situations évaluatives nécessitant un jugement et une prise de décision. Dans leur contenu, ils sont très largement influencés par les expériences personnelles et professionnelles, et par le contexte socioculturel dans lequel évoluent les individus. Ils contribuent ainsi au système de croyances de chacun·es et lorsqu'ils sont actifs chez une large population, peuvent entraîner des biais statistiques.
Selon certains auteurs, trois caractéristiques sont communes aux biais cognitifs : le caractère involontaire de leur production, l'imperceptibilité de leur utilisation et l'inconformité des jugements produits vis-à-vis des règles de raisonnement[2].
Le modèle dual des processus constitue une base explicative de l'origine des biais cognitifs[3]. En effet, deux systèmes de raisonnement semblent cohabiter dans la cognition :
- une voie rapide et intuitive, inconsciente et automatique, reposant sur des raccourcis mentaux (« heuristiques ») - appelé système 1 ;
- une voie lente et analytique, consciente et contrôlée, conduisant à une évaluation qui se veut la plus intégrative possible - appelé système 2.
Le système 1 est bien souvent efficient, et nous permet de faire face à la multitude d'informations internes et externes à laquelle nous sommes exposés en permanence. Cependant, lorsque les situations comportent des enjeux importants, ce système peut se révéler inefficace et aboutir à des pensées, attitudes ou comportements automatiques et par conséquent, inadaptés. Le système 2 peut alors être mobilisé pour venir vérifier les agissements du système 1 et permettre une réévaluation de la situation plus analytique. Cette mobilisation du système 2 est néanmoins coûteuse, car elle nécessite d'avoir les ressources temporelles et motivationnelles (entre autres) pour y recourir.
Dans certaines disciplines où l'évaluation et la prise de décision constituent la base de l'exercice professionnel, les conséquences des biais cognitifs peuvent être particulièrement délétères.
La médecine par exemple, où le diagnostic est primordial dans la mise en œuvre d'une prise en charge adaptée, ne fait pas exception dans l'utilisation du système 1 et est pratiquée avec les mêmes biais cognitifs retrouvés en population générale [4][5][6]. Ce que l'HAS appelle « défauts de raisonnement clinique » dans ses dernières recommandations sur les erreurs diagnostiques en est la preuve et ont des conséquences à la fois pour les patients, les soignants et la société. En effet, des biais cognitifs actifs peuvent générer des erreurs ou des retards de diagnostics, des prises en charge inadaptées avec des traitements inefficaces, augmenter la mortalité / morbidité mais également représenter des coûts financiers élevés et peuvent même conduire à des poursuites judiciaires. De nombreux facteurs tels que les conditions de travail, les traits de personnalité, l'état émotionnel ou encore les capacités cognitives viennent influencer le niveau d'activation des biais cognitifs. La pluralité des modes d'exercices et des contraintes selon les différentes spécialités en médecine peuvent par conséquent activer des biais plus spécifiques comme en médecine d'urgence par exemple [7].
Il est important de noter que la prise de conscience de tels biais n'entraîne pas, à elle seule, l'annulation de leur application, et qu'il existe quelques stratégies pour utiliser davantage notre système analytique (voir partie 4 : « Débiaisement »).
- ↑ Kahneman, D., Sibony, O., et Sunstein, C. R. (2021). Noise : A flaw in human judgment. William Collins.
- ↑ Pohl, R. (ed). 2005. Cognitive Illusions. Hove: Psychology Press
- ↑ Kahneman, D. (2011) Thinking, Fast and Slow. Penguin Books, London.
- ↑ Gopal, D. P., Chetty, U., O'Donnell, P., Gajria, C., et Blackadder-Weinstein, J. (2021). Implicit bias in healthcare: clinical practice, research and decision making. Future healthcare journal, 8(1), 40–48. https://doi.org/10.7861/fhj.2020-0233
- ↑ Hammond, M. E. H., Stehlik, J., Drakos, S. G., et Kfoury, A. G. (2021). Bias in Medicine: Lessons Learned and Mitigation Strategies. JACC. Basic to translational science, 6(1), 78–85. https://doi.org/10.1016/j.jacbts.2020.07.012
- ↑ Saposnik, G., Redelmeier, D., Ruff, C.C. et al. (2016) Cognitive biases associated with medical decisions: a systematic review. BMC Med Inform Decis Mak 16, 138 . https://doi.org/10.1186/s12911-016-0377-1
- ↑ Ng M., Wong E., Sim G.G., Heng P.J., Terry G., et al. (2025) Dropping the baton: Cognitive biases in emergency physicians. PLOS ONE 20(1): e0316361. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0316361