Éveil aux langues/Conceptions
L’éveil aux langues est une approche linguistique au sein de laquelle les élèves découvrent le monde des langues à travers leur diversité et leurs fonctions. Pour comprendre cette démarche, on peut se référer à la définition de Michel Candelier, coordinateur du projet EvLang :
« Il y a éveil aux langues lorsqu’une partie des activités concerne des langues que l’école ne cherche pas à enseigner, qu’il s’agisse ou non des langues parlées à la maison par certains élèves. Cela ne veut pas dire que seules ces activités relèvent de l’éveil aux langues, car il s’agit surtout d’un travail global, souvent comparatif, qui implique à la fois ces langues, la langue de scolarisation, et les langues étrangères enseignées. » (Candelier, 2003)
Ce qui rend cette approche particulière, c’est qu’aucune langue n’est exclue. Elle permet de reconnaître pleinement les langues des élèves, même si elles ne sont pas la langue principale de l’école, et peut aussi aider à l’apprentissage des langues tout au long de la scolarité.
Lorsqu’ils participent à des activités d’éveil aux langues, les élèves explorent des sons nouveaux, observent différents systèmes d’écriture, comparent les langues, réfléchissent à leurs similitudes et différences, et prennent conscience de la valeur de leur propre répertoire linguistique. Ils développent ainsi leurs capacités d’analyse du langage humain (Armand, 2000 ; 2005).
Cette approche vise aussi à mettre en valeur les langues qu’ils apportent de la maison (Candelier et al., 2012). De cette manière, l’éveil aux langues peut servir de préparation à l’apprentissage des langues, ce que Zarate (1995) appelle propédeutique, en posant des bases solides dès les premières années. Il développe des compétences comme l’observation linguistique, la réflexion, des attitudes positives envers les langues, et une ouverture à la rencontre interculturelle (Dabène, 2003 ; Bernaus et al., 2008).
En résumé, c’est une préparation à l’apprentissage des langues, qui cherche à susciter la curiosité, l’intérêt, la confiance des élèves envers les langues et les cultures, et à renforcer leur capacité à observer, analyser et faire des liens entre différentes langues. Pour la mise en œuvre de cette approche, il est intéressant de se référer aux outils/ressources proposé.e.s par le programme EvLang. La démarche présentée ci-dessous, nous en présente les différentes étapes :
- La mise en situation ou l’ancrage. Cette première étape sert à introduire le sujet. Elle relie le nouveau matériel aux connaissances déjà présentes chez les élèves et à leur vie quotidienne en classe. Il s’agit de créer un « contrat pédagogique » avec les élèves et on pose une question intéressante et ouverte (par exemple “Pourquoi ne parlons-nous pas une seule langue dans le monde ?”) qui motive les élèves à participer. C’est aussi à ce moment que les représentations des élèves sur les langues apparaissent. Ils échangent leurs points de vue, posent des questions qui les intéressent, et cela favorise leur engagement. Les élèves partagent aussi leurs expériences personnelles, leurs histoires linguistiques, et leurs connaissances intuitives sur les langues, leur forme, leur rôle dans la vie quotidienne.
- La situation de recherche. Pendant cette étape, les élèves deviennent des enquêteurs. Ils doivent résoudre un problème présenté par l’enseignant. Une « tension linguistique » apparaît, ce qui les pousse à découvrir par eux-mêmes de nouvelles connaissances. Ils développent des stratégies : observer, comparer, analyser, faire des hypothèses, organiser et discuter leurs idées. Ils travaillent en groupe, négocient, font des généralisations provisoires et remettent en question ce qu’ils savaient avant sur la langue.
- La synthèse. C’est la dernière étape où les découvertes personnelles et collectives des élèves prennent forme. Ils expriment ce qu’ils ont observé et compris en créant ensemble une solution ou un outil concret ou conceptuel. C’est le moment où tout ce qu’ils ont découvert devient clair et où de nouvelles connaissances se construisent.

