Groupe (mathématiques)/Sous-groupes caractéristiques

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Sous-groupes caractéristiques
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Chapitre 11
Leçon : Groupe
Chap. préc. : Théorèmes de Sylow
Chap. suiv. : Groupes symétriques finis
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Groupe (mathématiques)/Sous-groupes caractéristiques
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On a vu qu'un sous-groupe H d'un groupe G est distingué (dans G) si et seulement s'il est invariant par tout automorphisme intérieur de G, c'est-à-dire si, pour tout automorphisme intérieur σ de G, σ(H) = H. Nous allons maintenant considérer des sous-groupes de G possédant une propriété plus forte.

On dit qu'un sous-groupe H d'un sous-groupe G est un sous-groupe caractéristique[1] de G si H est invariant par tout automorphisme de G, c'est-à-dire si pour tout automorphisme σ de G, σ(H) = H.

D'après la remarque initiale, tout sous-groupe caractéristique d'un groupe G est sous-groupe distingué de G.

Pour qu'un sous-groupe H d'un groupe G soit caractéristique dans G, il suffit qu'il soit stable pour tout automorphisme de G, c'est-à-dire qu'on ait \sigma(H) \subseteq H pour tout automorphisme σ de G. En effet, si cette relation est vraie pour tout automorphisme de G, alors, pour tout automorphisme σ de G, cette relation est vraie à la fois pour σ et pour σ − 1. On a donc à la fois \sigma(H) \subseteq H et \sigma^{-1}(H) \subseteq H ; or cette dernière relation donne H \subseteq \sigma(H) , d'où finalement σ(H) = H.



Proposition

Soient G1 et G2 deux groupes isomorphes, \varphi un isomorphisme de G1 sur G2. Un sous-groupe H de G1 est sous-groupe caractéristique de G1 si et seulement si \varphi(H) est sous-groupe caractéristique de G2.

Démonstration. Supposons H caractéristique dans G1 et prouvons que \varphi(H) est caractéristique dans G2. Soit σ un automorphisme de G2. Il s'agit de prouver que \sigma(\varphi(H)) = \varphi(H). Cela s'écrit encore \varphi ^{-1}\sigma \varphi(H) = H, ce qui est bien vrai puisque \varphi ^{-1}\sigma \varphi est un automorphisme de G1 et que H est supposé caractéristique dans G1. Nous avons donc bien prouvé que si H est caractéristique dans G1, alors \varphi(H) est caractéristique dans G2. Pour démontrer l'implication réciproque, on peut par exemple appliquer ce qui précède à l'isomorphisme \varphi^{-1}.

Exemples de sous-groupes caractéristiques.
Soit G un groupe.

  • Les sous-groupes 1 et G sont évidemment des sous-groupes caractéristiques de G.
  • Si un sous-groupe de G est seul de son ordre parmi les sous-groupes de G, c'est un sous-groupe caractéristique de G. (Noter que les automorphismes de G conservent l'ordre d'un sous-groupe.)
  • Si un sous-groupe de G est seul de son indice (dans G) parmi les sous-groupes de G, c'est un sous-groupe caractéristique de G. (Noter que les automorphismes de G conservent l'indice d'un sous-groupe.)
  • Si G est fini, si un sous-groupe de Sylow de G est distingué dans G, ce sous-groupe est caractéristique dans G. (On sait que tous les sous-groupes de Sylow d'un ordre donné de G sont conjugués, donc un sous-groupe de Sylow de G qui est distingué dans G est seul de son ordre parmi les sous-groupes de G.)
  • Si G est monogène, tout sous-groupe de G est sous-groupe caractéristique de G. (Si G est fini, on a vu que tout sous-groupe de G est seul de son ordre parmi les sous-groupes de G. Si G est infini, le théorème ci-dessus permet de se ramener au cas où G = Z. On a vu que tout sous-groupe de Z est de la forme nZ, où n est un nombre naturel. Si n > 0, nZ est d'indice n dans Z et si n = 0, nZ est d'indice infini dans Z. Il en résulte que chaque sous-groupe de Z est seul de son indice parmi les sous-groupes de Z.)
  • Si H est un sous-groupe de G stable pour tout endomorphisme de G, c'est-à-dire tel que f(H) \subseteq H pour tout endomorphisme f de G, H est a fortiori stable pour tout automorphisme de G, donc est un sous-groupe caractéristique de G.
  • Soit n un nombre naturel. Le sous-groupe de G engendré par les n-ièmes puissances d'éléments de G (c'est-à-dire par les éléments de la forme xn, où x parcourt G) est caractéristique dans G. (En effet, il est clair que ce sous-groupe est stable par tout endomorphisme de G.) Cela fournit une nouvelle preuve de ce que nZ est sous-groupe caractéristique de Z.
  • Soit n un nombre naturel. Le sous-groupe de G engendré par les racines n-ièmes de 1 (c'est-à-dire par les éléments x de G tels que xn = 1) est caractéristique dans G. (En effet, il est clair que ce sous-groupe est stable par tout endomorphisme de G.) Cela fournit une nouvelle preuve de ce que tout sous-groupe d'un groupe fini cyclique est caractéristique.
  • Soit H un groupe; désignons par G le groupe produit H \times H de H par lui-même. Comme on l'a vu dans la théorie des groupes produits, les « facteurs » H \times \{1\} et \{1\} \times H sont des sous-groupes distingués de G. D'autre part, ils sont images l'un de l'autre par l'automorphisme (x,y) \mapsto (y,x) de G et, si H n'est pas trivial, ils sont distincts. Cela montre qu'un sous-groupe distingué n'est pas forcément caractéristique.



Proposition

Le centre d'un groupe G est un sous-groupe caractéristique de G.

Démonstration. Prouvons que si α est un endomorphisme surjectif de G, alors \alpha(Z(G)) \subseteq Z(G). Soit c un élément de Z(G); il s'agit de prouver que \alpha(c) \in Z(G). Puisque c appartient au centre de G, nous avons cx = xc pour tout élément x de G, d'où α(c)α(x) = α(x)α(c) pour tout élément x de G. Puisque α est supposé surjectif, tout élément de G est de la forme α(x) pour un certain élément x de G, donc la relation obtenue montre que α(c) appartient au centre de G, comme annoncé. Nous avons donc bien prouvé que si α est un endomorphisme surjectif de G, alors \alpha(Z(G)) \subseteq Z(G). C'est vrai a fortiori si α est un automorphisme de G, donc Z(G) est caractéristique dans G.

Remarque. Nous venons de prouver que le centre de G est stable pour tout endomorphisme surjectif de G. En revanche, le centre de G n'est pas forcément stable pour tout endomorphisme de G (voir exercice). Cela montre qu'un sous-groupe caractéristique d'un groupe G n'est pas forcément stable pour tout endomorphisme de G.



Proposition

Soient G un groupe et H un sous-groupe caractéristique de G. Tout sous-groupe caractéristique de H est caractéristique dans G.

Démonstration. Soient K un sous-groupe caractéristique de H et σ un automorphisme de G. Il s'agit de prouver que σ(K) = K. Puisque H est caractéristique dans G, σ induit un automorphisme \sigma _{H} : x \mapsto \sigma (x) de H. Puisque K est caractéristique dans H, nous avons σH(K) = K, autrement dit σ(K) = K, comme annoncé.



Proposition

Soient G un groupe et H un sous-groupe distingué de G. Tout sous-groupe caractéristique de H est distingué dans G.

Démonstration. Soient K un sous-groupe caractéristique de H et g un élément de G. Il s'agit de prouver que gKg-1 = K. Puisque H est distingué dans G, l'automorphisme intérieur x \mapsto gxg^{-1} de G induit un automorphisme (non forcément intérieur) x \mapsto gxg^{-1} de H. Puisque K est caractéristique dans H, K est invariant par cet automorphisme de H, autrement dit gKg-1 = K, comme annoncé.


[modifier] Notes et références

  1. N. Bourbaki, Algèbre, Paris, 1970, ch. I, § 5, n° 3, p. 53.


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