Groupe (mathématiques)/Produit de groupes
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| Chapitre 9 | |||
| Leçon : Groupe | |||
|---|---|---|---|
| Chap. préc. : | Action de groupe | ||
| Chap. suiv. : | Théorèmes de Sylow | ||
En raison de limitations techniques, la typographie souhaitable du titre, « Groupe (mathématiques) : Produit de groupes
Groupe (mathématiques)/Produit de groupes », n'a pu être restituée correctement ci-dessus.
Sauf mention contraire, les lois de groupe seront notées multiplicativement. Quant il sera question de plusieurs groupes, il nous arrivera de désigner leurs éléments neutres par le même symbole 1, ce qui, en pratique, ne prête pas à confusion.
Sommaire |
[modifier] Produit direct de deux groupes
Soient G1 et G2 deux groupes. Désignons par
leur produit cartésien (ou, plus exactement, le produit cartésien de leurs ensembles sous-jacents). Il est naturel de définir sur
une loi de composition
composante par composante :
,
le produit x1y1 apparaissant dans le second membre étant calculé dans G1 et le produit x2y2 dans G2. On vérifie facilement que cette loi de composition munit
d'une structure de groupe. Ce groupe est appelé produit direct (ou simplement produit) des groupes G1 et G2 et noté
. Si e1 et e2 désignent respectivement les éléments neutres de G1 et de G2, l'élément neutre de
est (e1,e2). Le symétrique d'un élément (x1,x2) de
est l'élément
.
L'application
définit un isomorphisme de
sur
(« commutativité » du produit direct) et l'application
définit un isomorphisme de
sur
(« associativité » du produit direct).
[modifier] Produit direct d'une famille de groupes
La définition qui précède se généralise comme suit à une famille quelconque de groupes.
- Soit
une famille (finie ou infinie) de groupes.
On appelle groupe produit de cette famille, ou produit de cette famille, ou produit direct de cette famille, et on note
le produit cartésien de la famille des (ensembles sous-jacents des) Gi, muni de la loi de composition composante par composante :
,
où, pour chaque i, le produit xiyi est calculé dans Gi.
Il est clair que cette loi de composition est bien une loi de groupe.
[modifier] Somme restreinte d'une famille de groupes
Dans le produit direct
, considérons les éléments
possédant la propriété suivante : l'ensemble des éléments i de I tels que
(où 1 désigne le neutre de Gi) est fini. Ces éléments, appelés familles de support fini, forment un sous-groupe de
, appelé somme restreinte de la famille
et noté
. Si les groupes Gi sont commutatifs, on dit somme directe au lieu de somme restreinte[1].
Si l'ensemble I est fini, la somme restreinte et le produit coïncident. Dans la suite de ce chapitre, nous ne nous intéresserons plus au produit, mais seulement à la somme restreinte d'une famille de groupes.
Soient
une famille de groupes et S sa somme restreinte. Pour chaque élément i de I, désignons par
l'application de Gi dans S qui à l'élément x de Gi fait correspondre la famille dont la i-ème valeur est x et les autres valeurs 1. Nous définissons ainsi un homomorphisme injectif
de Gi dans S. Cet homomorphisme est appelé i-ème inclusion canonique de Gi dans S. L'image
de Gi par
est isomorphe à Gi et on l'identifie souvent à Gi, disant par exemple que Gi est un sous-groupe de S. Pour la clarté de ce premier exposé, nous éviterons cet abus de langage.
On vérifie facilement que les sous-groupes
de S sont distingués et qu'ils ont deux à deux des intersections réduites à l'élément neutre de S.
Soient i et j deux éléments distincts de I. Tout élément de
commute avec tout élément de
. En effet, les produits
et
sont tous deux égaux à la famille dont la i-ème composante est x, la j-ème composante y et dont les autres composantes sont égales à 1. (L'hypothèse
est essentielle dans le cas où les Gi ne sont pas supposés commutatifs.)
De façon générale, si G est un groupe, si
est une famille finie d'éléments de G qui commutent deux à deux, on peut définir le produit de cette famille d'éléments de G sans se préoccuper d'un ordre dans l'ensemble J, car, vu la commutativité, le produit est indépendant de l'ordre choisi. Il est clair qu'on peut de même définir le produit d'une famille
même infinie d'éléments de G qui commutent deux à deux si l'ensemble des i tels que
est fini. Avec cette définition, tout élément xi de S est le produit de la famille
d'éléments de S.
Ceci nous suggère la définition suivante :
- Soient G un groupe et
une famille (finie ou infinie) de sous-groupes de G. On dit que G est somme restreinte interne (ou, abusivement, somme restreinte sans plus) si pour tous éléments distincts i et j de I, chaque élément de Gi commute avec chaque élément de Gj et si l'application (en fait homomorphisme) de
dans G qui envoie
sur
(correctement défini d'après les remarques qui précèdent) est une bijection, et donc un isomorphisme. On appelle cet isomorphisme l'isomorphisme canonique de
sur G. L'isomorphisme réciproque est appelé isomorphisme canonique de G sur
.
Il revient au même de dire que pour tous éléments distincts i et j de I, chaque élément de Gi commute avec chaque élément de Gj et que tout élément de G peut s'écrire d'une et une seule façon
, la famille (xi)i étant une famille de support fini telle que
pour tout i[2].
Il revient encore au même de dire que pour tous éléments distincts i et j de I, chaque élément de Gi commute avec chaque élément de Gj, que les Gi engendrent G et que si (xi)i est une famille de support fini telle que
pour tout i, si
, alors xi = 1 pour tout i.
On vérifie facilement que
est somme restreinte interne de la famille
.
Si l'ensemble I est fini, on remplace souvent l'expression « somme restreinte interne » par « produit direct interne », ou « produit direct », ou « produit ». Plutôt que de dire qu'un groupe est produit direct d'un couple (H, K) de ses sous-groupes, on préfère dire qu'il est produit direct de H et de K, etc.
Il nous arrivera d'appeler « somme restreinte externe » la somme restreinte proprement dite, pour la distinguer de la somme restreinte interne.
Soit G un groupe, somme restreinte interne d'une famille
de sous-groupes. Pour tout élément j de I, on appelle j-ième projection de G sur Gj (relativement à la famille
) l'application de G dans Gj qui, pour tout élément x de G, applique x sur l'élément xj de Gj apparaissant dans l'unique expression de x sous la forme
avec
pour chaque i. Il est clair que cette projection est un homomorphisme de G sur Gj. Elle est d'ailleurs égale au composé
où
désigne l'isomorphisme canonique de G sur
et prj l'homomorphisme
de
(somme restreinte externe) sur Gj.
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« Commutativité » de la somme restreinte interne. |
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Soient G un groupe, |
Démonstration. Pour tous éléments distincts i, j de I, tout élément de Hi commute avec tout élément de Hj; il en résulte clairement que, pour tous éléments distincts i, j de I, tout élément de Hσ(i) commute avec tout élément de Hσ(j). Le sous-groupe de G engendré par les Hi est G tout entier; il en résulte clairement que le sous-groupe engendré par les Hσ(i) est G tout entier. Enfin, si J est une partie finie de I, si
est une famille telle que pour tout élément j de J, xj appartienne à Hj, si
, alors chaque xj est égal à 1; il en résulte clairement que si K est une partie finie de I, si
est une famille telle que pour tout élément k de K, yk appartienne à Hσ(k), si
, alors chaque yk est égal à 1 (poser J = σ(K) et considérer la famille
, en notant que, pour chaque j dans J,
appartient à Hj).
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Théorème |
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Soient |
Démonstration facile, laissée au lecteur.
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Théorème |
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Soient G un groupe, |
Démonstration. Si j et k sont deux éléments distincts de J, tout élément de Hj est un élément de Gj et tout élément de Hk est un élément de Gk, donc tout élément de Hj commute avec tout élément de Hk. Si j1, ... , jr sont des éléments de J deux à deux distincts, si x1 ... xr = 1 avec
alors j1, ... , jr sont des éléments de I deux à deux distincts et x1 ... xr = 1 avec
donc x1 = ... = xr = 1.
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« Associativité » de la somme restreinte interne. |
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Soient G un groupe et |
Démonstration laissée au lecteur.
Exemple. Soient G un groupe, H et K des sous-groupes de G. On suppose que H est produit direct interne d'une famille de sous-groupes H1, ..., Hn et que <H, K> (sous-groupe de G engendré par H et K) est produit direct interne de H et de K. Alors <H, K> est produit direct interne de la famille H1, ..., Hn, K.
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Définition |
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On dit qu'un sous-groupe H d'un groupe G est facteur direct[3] de G s'il existe un sous-groupe K de G tel que G soit le produit direct (interne) H × K de H et K. |
D'après la «commutativité» et l' «associativité» de la somme restreinte, il est clair que si un groupe G est somme restreinte d'une famille (Hi)i de sous-groupes, chaque Hi est facteur direct de G.
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Théorème |
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Tout sous-groupe distingué d'un facteur direct d'un groupe G est sous-groupe distingué de G. |
Démonstration. Soient H un facteur direct de G et N un sous-groupe distingué de H. Il s'agit de prouver que N est distingué dans G. Puisque H est facteur direct de G, il existe un sous-groupe K de G tel que G soit le produit direct H × K de H et K. Alors tout élément de K commute avec tout élément de H. En particulier, tout élément de K commute avec tout élément de N, donc K normalise N. D'autre part, puisque N est sous-groupe normal de H, H normalise N. Ainsi, H et K normalisent tous deux N. Puisque G est engendré par H et K, N est donc distingué dans G.
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Propriété universelle de la somme restreinte externe. |
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Soient |
Démonstration. Laissée au lecteur. (On utilisera le fait suivant, démontré au chapitre Lois de composition internes, monoïdes : soient M un monoïde et x1, ... , xn, y1, ... , yn des éléments de M. Si, pour tous indices distincts i, j, xi commute avec yj, alors
- x1 ... xn y1 ... yn = x1 y1 ... xn yn.)
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Propriété universelle de la somme restreinte interne. |
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Soient G un groupe, somme restreinte interne d'une famille |
Démonstration. D'après le théorème précédent, il existe un et un seul homomorphisme g de la somme restreinte externe S des Gi dans K qui applique la famille
sur
. D'autre part, puisque G est somme restreinte interne des Gi, il existe un et un seul isomorphisme
de G sur S (à savoir l'isomorphisme canonique considéré plus haut) qui, pour toute famille
, avec
pour tout i, applique
sur
. Il est clair que
convient pour f. L'unicité de f résulte de ce que les Gi engendrent G. Elle peut aussi se déduire de l'unicité de g : si f1 et f2 sont tous deux tels que le f de l'énoncé, alors
et
satisfont tous deux aux conditions qui définissent g, donc sont égaux, donc f1 et f2 sont égaux.
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Théorème. |
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Soient |
Démonstration. Dans le théorème précédent, prendre pour K la somme restreinte externe H des Hi et poser
, où
désigne la i-ème inclusion canonique de Hi dans H = K. On démontre ainsi la première assertion de l'énoncé. On démontre facilement la seconde assertion en appliquant la première aux isomorphismes réciproques. On peut évidemment démontrer ce théorème sans utiliser le précédent.
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Corollaire. |
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Soient |
Démonstration. Pour tout i, il existe un isomorphisme de Gi sur Hi. D'après l'axiome du choix, il existe donc une famille
d'homomorphismes de groupes et la thèse résulte du théorème qui précède.
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Théorème |
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Soient |
Démonstration. Le lecteur prouvera facilement le point 1°. Désignons par Q la somme restreinte externe des groupes quotients Gi/Hi. Pour tout élément
de G, la famille
est de support fini et appartient donc à Q. Considérons l'application f de G dans Q qui à tout élément
de G fait correspondre l'élément
de Q. Il est clair que f est un homomorphisme surjectif dont le noyau est H, donc f induit un isomorphisme de G/H sur Q, ce qui démontre le point 2°.
Voici une version interne de ce théorème :
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Théorème |
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Soient G un groupe, |
Démonstration. Le point 1° est un cas particulier d'un théorème démontré plus haut. Pour démontrer le point 2°, désignons par SG la somme restreinte externe des Gi et par SH la somme restreinte externe des Hi. L'isomorphisme
de SG sur G applique SH sur H et induit donc un isomorphisme de SG/SH sur G/H. D'après le théorème précédent, SG/SH est isomorphe à la somme restreinte externe des quotients Gi/Hi donc G/H l'est aussi, ce qui démontre le point 2°.
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Corollaire |
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Soient |
Démonstration. Pour tout élément i de I, posons
si i appartient à J et
si i appartient à K. Pour tout i dans
,
est distingué dans
, donc, d'après le théorème précédent, le sous-groupe H de G engendré par les
, i parcourant
, est distingué dans G et G/H est isomorphe à la somme restreinte externe des
, i parcourant
. Il est clair que H est égal à
, donc
- (1)
est isomorphe à la somme restreinte externe des
, i parcourant I.
Dans la somme restreinte externe des
, les facteurs correspondant aux indices appartenant à J sont réduits à l'élément neutre, donc
- (2) la somme restreinte externe des
, i parcourant I, est isomorphe à la somme restreinte externe des
, où k parcourt K.
Pour un élément k de K,
est isomorphe à
, donc la somme restreinte externe des
, où k parcourt K, est isomorphe à la somme restreinte externe des
, où k parcourt K, et est donc isomorphe à
. Il résulte donc de (2) que la somme restreinte externe des
, i parcourant I, est isomorphe à
. D'après (1),
est donc isomorphe à
. Le cas particulier s'en déduit immédiatement.
Remarque. Il y a évidemment plusieurs démonstrations possibles. On pourrait commencer par démontrer le cas particulier (en notant que si un groupe G est produit direct interne de deux sous-groupes G1 et G2, la seconde projection associée à cette décomposition est un homomorphisme surjectif de G sur G2 admettant G1 pour noyau) et passer au cas général en notant que d'après l' «associativité» de la somme restreinte interne, G est somme restreinte interne de
et de
.
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Proposition [4] |
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Soient G un groupe, H1, H2, ... , Hndes sous-groupes distingués de G tels que (H1 H2 ... Hi-1) ⋂ Hi= 1 pour tout i (2 ≤ i ≤ n). Le sous-groupe H1 H2 ... Hn de G est produit direct interne de H1, ..., Hn. |
Démonstration. Il suffit de le démontrer dans le cas où n = 2, l' « associativité » du produit direct interne permettant alors une démonstration par récurrence sur n. Soient donc H1 et H2 des sous-groupes distingués de G tels que H1 ⋂ H2 = 1. Il s'agit de prouver que H1 H2 est produit direct interne de H1 et H2. Montrons que tout élément de H1 commute avec tout élément de H2. Soient a un élément de H1 et b un élément de H2; il s'agit de prouver que a commute avec b. Il revient clairement au même de prouver que l'élément aba-1b-1 de G est égal à 1. Puisque H1 est distingué dans G, ba-1b-1 appartient à H1, donc aba-1b-1 appartient à H1 (comme produit des deux éléments a et ba-1b-1 de H1H2). D'autre part, puisque H2 est distingué dans G, aba-1 appartient à H2, donc aba-1b-1 appartient à H2 (comme produit des deux éléments aba-1 et b-1 de H2). Ainsi, aba-1b-1 appartient à H1 et à H2. Puisque, par hypothèse, H1 ⋂ H2 = 1, aba-1b-1 est donc égal à 1, ce qui, comme nous l'avons vu, prouve que tout élément de H1 commute avec tout élément de H2. D'autre part, l'hypothèse H1 ⋂ H2 = 1 entraîne que l'écriture h1h2 d'un élément de H1H2 avec h1 dans H1 et h2 dans H1, est unique : en effet, si h'1h'2 = h1h2, avec h'1 dans H1 et h'2 dans H1, alors h1-1h'1 = h2h'2-1. Comme le premier membre appartient à H1 et le second membre à H2, h1-1h'1 et h2h'2-1 appartiennent « tous deux » à H1 ⋂ H2 = 1, donc h'1 = h1 et h'2 = h2. Nous avons donc prouvé que tout élément de H commute avec tout élément de K et que tout élément de HK peut s'écrire d'une et une seule façon comme produit d'un élément de H par un élément de K, donc HK est produit direct interne de H et de K.
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Corollaire |
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Soient G un groupe fini, H1, H2, ... , Hn des sous-groupes distingués de G dont les ordres sont premiers entre eux deux à deux. Le sous-groupe H1 H2 ... Hn de G est produit direct interne de H1, H2, ... , Hn. Si l'ordre de G est égal au produit des ordres des Hi, G est produit direct interne des Hi. |
Démonstration. Prouvons que H1 H2 ... Hn est produit direct interne de H1, H2, ... , Hn. D'après le théorème qui précède, il suffit de prouver que (H1 H2 ... Hi-1) ⋂ Hi= 1 pour tout i (2 ≤ i ≤ n) et pour cela, il suffit de prouver que l'ordre de Hi est premier avec celui de H1 H2 ... Hi-1. (Deux sous-groupes finis d'ordres premiers entre eux ont une intersection réduite à l'élément neutre, car l'ordre d'un élément commun à ces sous-groupes divise l'ordre de chacun de ces sous-groupes et est donc égal à 1.) On peut par exemple raisonner par récurrence sur n. Par hypothèse de récurrence, H1 H2 ... Hi-1 est produit direct interne de H1, H2, ... et Hi-1, donc son ordre est le produit des ordres de H1, H2, ... et Hi-1, donc est premier avec l'ordre de Hi. Nous avons donc démontré la première assertion de l'énoncé. Il en résulte que l'ordre de H1 H2 ... Hn est égal au produit des ordres des Hi. Si l'ordre de G est supposé égal au produit des ordres des Hi, on a donc G = H1 H2 ... Hn et G est le produit direct interne des Hi, ce qui prouve la seconde assertion de l'énoncé.
Remarques.
1) Le corollaire qui précède nous servira dans l'étude des groupes nilpotents finis.
2) Dans la démonstration de ce corollaire, on aurait pu éviter le raisonnement par récurrence en utilisant le fait que si G est un groupe et K1, K2, ... , Kn des sous-groupes distingués finis de G, l'odre de K1 K2 ... Kn divise le produit des ordres des Ki. (Voir « formule du produit » ci-dessous.)
Exemple. Soient G un groupe commutatif (dont tous les sous-groupes sont donc distingués), H et K deux sous-groupes de G. D'après ce qui précède, G est produit direct (interne) de H et de K si et seulement tout élément de G peut s'écrire d'une et une seule façon sous la forme hk, h appartenant à H et k à K. On vérifie facilement que la condition d'existence équivaut à G = HK et la condition d'unicité à H ⋂ K = 1.
Soient a et b deux nombres naturels > 0 et premiers entre eux. Prenons pour G un groupe cyclique d'ordre ab. On sait que G admet un unique sous-groupe H d'ordre a (formé par les b-ièmes puissances) et un unique sous-groupe K d'ordre b (formé par les a-ièmes puissances). D'après le corollaire qui précède, G est produit direct interne de H et de K. Ceci montre que si a et b sont des nombres naturels > 0 premiers entre eux, « le » groupe cyclique d'ordre ab est produit direct interne de son sous-groupe d'ordre a et de son sous-groupe d'ordre b.
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Proposition |
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Soient G1, ... , Gn des groupes et, pour tout i, xi un élément d'ordre fini de Gi; l'ordre de (x1, ... , xn) dans le produit des Gi est le ppcm des ordres des xi. |
Démonstration. On prouvera seulement que si G1, ... Gn sont des groupes finis dont les ordres ne sont pas premiers entre eux deux à deux, la somme directe des Gi n'est pas un groupe cyclique, le reste étant laissé au lecteur. Supposons d'abord n = 2. Il s'agit de prouver que si G1 est un groupe fini d'ordre n1 et G2 un groupe fini d'ordre n2, si n1 et n2 ne sont pas premiers entre eux, alors la somme directe de G1 et de G2 n'est pas un groupe cyclique. Soit (a, b) un élément de cette somme directe. D'après la première partie de l'énoncé, l'ordre de (a, b) est égal au ppcm des ordres de a et de b. Comme l'ordre de a divise n1 et que l'ordre de b divise n2, le ppcm de n1 et de n2 est un multiple commun de l'ordre de a et de l'ordre de b, donc est multiple du ppcm des ordres de a et de b. Ainsi, l'ordre de (a, b) divise le ppcm de n1 et de n2. Puisque n1 et n2 ne sont pas premiers entre eux, leur ppcm est strictement plus petit que leur produit. Donc aucun élément (a, b) de la somme directe de G1 et de G2 n'a un odre égal à l'ordre n1 n2 de cette somme directe, donc cette somme directe n'est pas cyclique. Notre thèse est donc prouvée dans le cas n = 2. Dans le cas général, il existe deux indices distincts j et k tels que les ordres de Gj et de Gk ne soient pas premiers entre eux. D'après la première partie de la démonstration, la somme directe de Gj et de Gk n'est pas cyclique, donc la somme directe de G1, ... , Gn contient un sous-groupe non cyclique et n'est donc elle-même pas cyclique.
[modifier] Notes et références
- ↑ N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 4, n° 9, Paris, 1970, p. 46.
- ↑ N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 4, nos 8 et 9; Paris, 1970, pp. 43-46.
- ↑ N. Bourbaki, Éléments de mathématique, Algèbre, ch. I, § 4; Paris, 1970, p. 45.
- ↑ N. Bourbaki, Algèbre, I, Chapitres 1 à 3, Paris, 1970, ch. 1, § 4, n° 9, prop. 15, p. 46.
[modifier] Formule du produit
Même quand deux sous-groupes ne forment pas un produit direct, on a une utile formule de dénombrement :
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Formule du produit [1] |
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Soient G un groupe, H et K des sous-groupes de G. On a (où la partie HK de G n'est pas forcément un sous-groupe de G). |
Démonstration. Soit f l'application
de H × K dans HK. Prouvons que pour tout élément z de HK, il y a exactement
éléments (x, y) de H × K tels que f(x, y) = z. Puisque z appartient à HK, il existe a dans H et b dans K tels que z = ab. Prouvons que les éléments (x, y) de H × K tels que f(x, y) = z sont les éléments de la forme (ad, d-1b), où d parcourt
. Si (x, y) est tel que f(x, y) = z, alors xy = ab, d'où a-1x = by-1. Si nous désignons par s la valeur commune de a-1x et de by-1, il est clair que d appartient à
et que x = ad, y = d-1b. Nous avons donc prouvé que tout élément (x, y) de H × K tel que f(x, y) = z est un élément de la forme (ad, d-1b), où d appartient
. Réciproquement, si d appartient à
, il est clair que (a, d) est un élément de H × K et que f(ad, d-1b) = ab = z. Nous avons donc prouvé, comme annoncé, que les éléments (x, y) de H × K tels que f(x, y) = z sont les éléments de la forme (ad, d-1b), où d parcourt
. Il est clair que si d et d' sont deux éléments distincts de
, les deux éléments (ad, d-1b) et (ad', d'-1b) de H × K sont distincts, donc les éléments de H × K de la forme (ad, d-1b), où d parcourt
, sont en quantité
. Nous avons donc prouvé, comme annoncé, que pour tout élément z de HK, il y a exactement
éléments (x, y) de H × K tels que f(x, y) = z. La formule du produit résulte donc du principe des bergers.
|
Corollaire |
|
Soient G un groupe, H1, ... , Hn des sous-groupes distingués de G. L'ordre du sous-groupe H1 ... Hn de G divise le produit des ordres des Hi (1 ≤ i). |
Démonstration. Récurrence facile sur n, compte tenu de la formule du produit et du fait que, les Hi étant des sous-groupes distingués de G, chaque ensemble H1 ... Hi est un sous-groupe de G.
[modifier] Notes et références
- ↑ J.J. Rotman, An introduction to the theory of groups, 4e éd., tirage de 1999, p. 30.
une famille de sous-groupes de G et
.
une famille de sous-groupes de G dont G est somme restreinte interne, J une partie de I,
une famille telle que, pour tout élément j de J, Hj soit un sous-groupe de Gj. Le sous-groupe de G engendré par les Hj est somme restreinte interne des Hj, j parcourant J.
une famille de parties de I deux à deux disjointes de I dont la réunion est I. Pour chaque élément k de K, soit Lk le sous-groupe de G engendré par les Hi où i parcourt Jk. Les deux conditions suivantes sont équivalentes :
et, pour chaque élément k de K, Lk est somme restreinte interne de la famille
.
une famille d'homomorphismes de groupes, telle que, pour tous éléments distincts i, j de I, tout élément de
, où
désigne la i-ème inclusion canonique de Gi dans G. Cet homomorphisme f applique la famille
est un homomorphisme de G dans H. Si chaque gi est un isomorphisme de Gi sur Hi, g est un isomorphisme de G sur H.
un groupe,
et
deux parties de
le sous-groupe de
où j parcourt
et, pour tout i, soit xi un élément d'ordre fini de Gi; l'ordre de x1 ... xn est le ppcm des ordres des xi.