Groupe (mathématiques)/Exercice/Groupes symétriques finis
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| Exercice 12 | |||
| Leçon : Groupe (mathématiques) | |||
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| Chapitre du cours : | Groupes symétriques finis | ||
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Cet exercice est de niveau 13. |
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Sommaire |
[modifier] Problème 1
Soit E un ensemble d'au moins trois éléments. Prouver que le centre du groupe
est réduit à l'élément neutre.
Soit
une permutation non identique de E. Il s'agit de prouver que
n'appartient pas au centre de
. Puisque
n'est pas la permutation identique, il existe deux éléments distincts a et b de E tels que
. Puisque E possède au moins trois éléments, nous pouvons choisir dans E un élément c distinct de a et de b. Prouvons que
ne commute pas avec la transposition
. La valeur en a de
est b et celle de
est c, donc
et
sont distinctes, donc
et
ne commutent pas, donc
n'appartient pas au centre de
.
Voici une autre rédaction de la solution, qui la rend peut-être plus facile à mémoriser. Soit
une permutation non identique de E. Il s'agit de prouver qu'il existe une permutation
de E qui ne commute pas avec
, ce qui revient à prouver qu'il existe une permutation
de E telle que
.
Comme plus haut, il existe deux éléments distincts a et b de E tels que
. Puisque
applique a sur b, la conjuguée
de
applique
sur
. (On a utilisé ce fait dans la théorie en prouvant que le conjugué d'un r-cycle est un r-cycle.)
Donc si
et
,
applique
sur
et est donc distincte de
.
Or, puisque E comprend au moins trois éléments, nous pouvons trouver une telle permutation
, par exemple la transposition
, où c est n'importe quel élément de E distinct de a et de b. Il existe donc bien une permutation
telle que la condition (1) soit satisfaite.
[modifier] Problème 2
Prouver que si n est un nombre naturel
, le centre du groupe alterné
est réduit à l'élément neutre.[1]
Soit
un élément de
, distinct de la permutation identique. Il s'agit de prouver que
n'appartient pas au centre de
. Puisque
n'est pas la permutation identique, il existe deux éléments distincts a et b de l'ensemble
tels que
. Puisque
, nous pouvons trouver deux autres éléments dans cet ensemble, soient c et d. Posons
. Puisque
est un cycle de longueur impaire, c'est une permutation paire, autrement dit un élément de
. Comme dans le problème précédent, on montrera que
et
ne commutent pas, soit en montrant par un calcul direct que
et
n'ont pas la même valeur en a, soit en notant que
applique
sur
, c'est-à-dire appliquea sur c, et n'est donc pas égale à
.
[modifier] Problème 3
Soit n un nombre naturel. Pour toute permutation
de
, désignons par
l'ensemble des inversions de
et par
la permutation
de l'ensemble des paires d'éléments de
.
Soient
et
deux permutations de
.
Prouver la relation
.
(Il en résulte évidemment que le nombre d'inversions de
est congru modulo 2 à la somme des nombres d'inversions de
et de
, fait utilisé dans la théorie.)
Comme noté dans la théorie, une paire {i, j} est une inversion de
si et seulement une des deux conditions suivantes est satisfaite :
- 1°
est une inversion de
et
n'est pas une inversion de
; - 2°
n'est pas une inversion de
et
est une inversion de
.
L'ensemble des inversions de
est donc la différence symétrique de
et de
.
(Rappelons que la différence symétrique
de deux ensembles A et B est par définition l'ensemble
et que si A et B sont finis,
). Donc
.
Puisque
est une permutation de l'ensemble des paires,
est équipotent à
, d'où la thèse.
[modifier] Problème 4. Contre-exemple à une réciproque du théorème de Lagrange.
Prouver que le groupe alterné A4, qui est d'ordre 12, n'a pas de sous-groupe d'ordre 6. (Cela montre qu'on ne peut pas énoncer cette réciproque du théorème de Lagrange : « Si d est un diviseur de l'ordre d'un groupe fini G, G admet un sous-groupe d'ordre d. »)
Un sous-groupe d'ordre 6 de A4 serait d'indice 2 dans A4, donc (exercices sur le chapitre Sous-groupes distingués, groupe quotient) serait un sous-groupe distingué de A4. C'est impossible, puisque (chapitre Groupes symétriques finis, sous-chapitre Sous-groupes distingués des groupes alternés) les seuls sous-groupes distingués de A4 sont 1, A4 lui-même et un sous-groupe d'ordre 4 de A4.
[modifier] Problème 5 (Facile)
Soient X un ensemble fini, Y une partie de X et σ une permutation de X dont le support est contenu dans Y. Il est clair que σ induit une permutation
de Y qu'on appelle la restriction de σ à Y. Montrer que σ est une permutation paire de X si et seulement si σ | Y est une permutation paire de Y.
Choisissons une décomposition de σ | Y comme produit
de transpositions de Y. Nous savons que σ | Y est paire si et seulement si n est pair. Pour chaque i (
), désignons par
la permutation de X qui coïncide avec
en tout point de Y et laisse fixes tous les points de X - Y. Il est clair que
est une transposition de X et que σ est égale au produit
. Donc σ est paire si et seulement si n est pair. Ainsi, σ | Y et σ sont paires à la même condition.
[modifier] Problème 6 (Facile)
Soient X un ensemble fini, Y une partie de X et σ une permutation de X dont le support est contenu dans Y. Comme noté à l'exercice précédent, σ induit une permutation
de Y qu'on appelle la restriction de σ à Y. Montrer que σ est un produit de cycles de longueur 3 de X si et seulement si σ | Y est un produit de cycles de longueur 3 de Y.
Conséquence immédiate du problème précédent, puisque si E désigne un ensemble fini, les permutations paires de E sont exactement les produits de cycles de longueur 3 de E.
[modifier] Problème 7. Exemple de groupe simple infini.
Soit E l'ensemble (infini) des nombres naturels > 0. Comme pour un ensemble fini, on appelle transposition de E toute permutation τ de E pour laquelle il existe deux éléments distincts a, b de E tels que τ(a) = b, τ(b) = a et τ(x) = x pour tout x distinct de a et de b. On désigne par
l'ensemble des permutations de E qui peuvent s'écrire comme produit d'un nombre pair de transpositions de E (non forcément deux à deux distinctes). C'est clairement un sous-groupe infini de SE. On va prouver que ce groupe infini est simple.
a) Pour chaque nombre naturel n > 0, désignons par Bn le sous-groupe de
formé par les permutations
dont le support est contenu dans
. Prouver que, pour tout élément σ de Bn, la « restriction » de σ à
est une permutation paire de
et que Bn est isomorphe à An.
Puisque σ appartient à
, il existe des transpositions
de E telles que
. Soit X la réunion de
et des supports des τi. Puisque le support de σ est contenu dans X (par exemple parce qu'il est contenu dans
), nous pouvons considérer la restriction σ | X de σ à X. Pour chaque i (
), désignons par
la « restriction » de τi à X (ce qui est possible puisque le support de τi est contenu dans X). Il est clair que σ | X est le produit des
(
),donc c'est une permutation paire de X. Son support est contenu dans
(puisque le support de σ l'est lui-même) donc, d'après un des problèmes précédents, la restriction de σ | X à
est une permutation paire de
, autrement dit la restriction de σ à
est une permutation paire de
, comme annoncé. Nous pouvons donc définir une application de Bn dans An qui à tout élément σ de Bn fait correspondre sa restriction à
. D'autre part, si
est un élément de An, on montre facilement que la permutation de E qui coïncide avec
en tout élément de
et laisse fixes tous les autres éléments de E appartient à Bn, ce qui permet de définir une application de An dans Bn, réciproque de l'application que nous avons définie de Bn dans An. Ainsi, il existe une bijection de Bn sur An qui applique tout élément σ de Bn sur sa restriction à
. On vérifie facilement que cette bijection est un isomorphisma, donc Bn est isomorphe à An comme annoncé.
b) Soit
un sous-groupe distingué de
. En raisonnant sur le sous-groupe
de Bn, montrer que
, ce qui prouve que
est simple.
Choisissons dans H un élément
. Il est clair que
est la réunion des Bn, donc il existe un n0 tel que
. Soit n1 le plus grand des deux nombres n0 et 5. Il est clair que la suite des Bn est croissante, donc σ appartient à Bn pour tout nombre naturel
. Soit n un tel nombre naturel. Puisque H est distingué dans
,
est distingué dans Bn. Puisque
, An est simple. Puisque Bn est isomorphe à An, Bn est simple. Ainsi,
est un sous-groupe distingué du groupe simple Bn et comprend l'élément
. On a donc
, autrement dit, H contient Bn. Puisque ceci est vrai pour tout
et que la suite des Bn est croissante, H contient Bn pour tout
. Puisque
est la réunion des Bn; H est donc égal à
tout entier, ce qui prouve bien que
est simple.
Remarque : le point a) n'est pas vraiment nécessaire pour prouver que
est simple. Il suffit de définir Bn comme l'ensemble des éléments de
dont le support est contenu dans
et dont la restriction à
est une permutation paire de
. Cela permet d'abréger la démonstration, mais a l'inconvénient de donner une définition redondante de Bn, puisque, d'après le point a), on peut éliminer de cette définition la condition que la restriction à
soit une permutation paire.
[modifier] Problème 8 (Sous-groupes simples de Sn)
Soient n un entier naturel et G un sous-groupe simple de Sn dont l'ordre est au moins égal à 3. Prouver que G est contenu dans An. (Indication : raisonner sur l'indice de G ⋂ An dans G.)
Puisque G est un sous-groupe simple d'ordre au moins 3 de Sn, n > 1, donc An est d'indice 2 dans Sn. Supposons que, par absurde, G ne soit pas contenu dans An. Alors G An est un sous-groupe de Sn strictement plus grand que An. Comme An est d'indice 2 dans Sn, on a donc G An = Sn, donc G An/An est d'ordre 2. D'après le second théorème d'isomorphisme (chapitre Sous-groupe distingué et groupe quotient), il en résulte que G/G ⋂ An est d'ordre 2, autrement dit que G ⋂ An est d'indice 2 dans G et est donc un sous-groupe distingué de G. Puisque G est simple, on a donc G ⋂ An = 1. Puisque G est d'ordre au moins égal à 3, il contient au moins deux éléments distincts de 1, soient σ1 et σ2. Puisque G ⋂ An = 1, les permutations σ1 et σ2 sont toutes deux impaires, donc σ1 σ2-1 est une permutation paire qui appartient à G, donc, puisque G ⋂ An = 1, σ1 σ2-1 = 1, autrement dit σ1 = σ2, ce qui contredit le choix de σ1 et σ2. (On aurait aussi pu dire que, compte tenu de la formule du produit, démontrée dans le chapitre Produit de groupes, la relation G ⋂ An = 1 entraîne
, d'où, puisque
est au moins égal à 3,
, ce qui est absurde.) La contradiction obtenue prouve l'énoncé.
Remarque. Cet énoncé nous servira pour démontrer que si un groupe simple G d'ordre au moins égal à 3 admet un sous-groupe propre d'indice fini n, G est isomorphe à un sous-groupe de An.
[modifier] Références
- ↑ (J.J. Rotman, An Introduction to the Theory of Groups, 4e éd., New York, tirage de 1999, exerc. 3.1, p. 45.)