Groupe (mathématiques)/Commutateurs, groupe dérivé

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Commutateurs, groupe dérivé
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Chapitre 15
Leçon : Groupe
Chap. préc. : Produit semi-direct
Chap. suiv. : Groupes résolubles
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Groupe (mathématiques)/Commutateurs, groupe dérivé
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Définition

Soient G un groupe, x et y deux éléments de G. L'élément \ x^{-1}y^{-1}xy de G est appelé le commutateur de x et y et noté (x, y) ou [x, y].

Remarque. Cette définition est celle qu'adopte Bourbaki [1]. D'autres auteurs [2] désignent comme le commutateur de x et y l'élément \ xyx^{-1}y^{-1}. Il est clair que le commutateur de x et de y selon une de ces définitions est le commutateur de x-1 et y-1 selon l'autre définition, ce qui permet de traduire facilement un énoncé relatif à une définition en un énoncé relatif à l'autre définition.

Il est clair que (y, x) = (x, y)-1. D'autre part, (x, y) = (yx)-1xy, donc (x, y) = 1 si et seulement si x et y commutent.


Définition

Soient G un groupe, A et B deux sous-groupes de G. On note (A, B) le sous-groupe de G engendré par les éléments de la forme (a, b), avec a \in A, b \in B.

Remarques.
1) Nous avons vu que, si x et y sont deux éléments de G, la relation (x, y) = 1 a lieu si et seulement si x et y commutent. Il en résulte que (A, B) = 1 si et seulement tout élément de A commute avec tout élément de B.
2) Il est clair que si A' et B' sont des sous-groupes de G contenus dans A et dans B respectivement, (A', B') est contenu dans (A, B).
3) Soit X l'ensemble des commutateurs (a,b) = a − 1b − 1ab avec a \in A et b \in B, soit Y l'ensemble des commutateurs (b,a) = b − 1a − 1ba avec a \in A et b \in B. Par définition, (A, B) est le sous-groupe de G engendré par X et (B, A) est le sous-groupe de G engendré par Y. Il est clair que Y = X − 1, donc X et Y engendrent le même sous-groupe, donc (A, B) = (B, A).


Proposition

Soient G un groupe, A et B des sous-groupes de G. La relation (A, B) ⊆ B a lieu si et seulement si A normalise B.

Démonstration. Supposons (A, B) ⊆ B et prouvons que A normalise B. Puisque l'ensemble des commutateurs a-1b-1ab, avec a dans A et b dans B, est contenu dans (A, B), nous avons a-1b-1ab ∈ B pour tout a ∈ A et tout b ∈ B. Cela entraîne a-1b-1a ∈ B pour tout a ∈ A et tout b ∈ B, donc A normalise B. Réciproquement, supposons que A normalise B. Alors a-1b-1a ∈ B pour tout a ∈ A et tout b ∈ B, donc a-1b-1ab ∈ B pour tout a ∈ A et tout b ∈ B, donc tout commutateur (a, b), avec a dans A et b dans B, appartient à B. Puisque (A, B) est le sous-groupe de G engendré par ces commutateurs et que B est un sous-groupe de G, (A, B) est donc contenu dans B.


Proposition

Soient G1 et G2 deux groupes, A et B deux sous-groupes de G1, f un homomorphisme de G1 dans G2. L'image de (A, B) par f est (f(A), f(B)).

Démonstration. Désignons par X l'ensemble des commutateurs (a, b) avec a dans A et b dans B. Il est clair que f(X) est l'ensemble Y des commutateurs (a', b') avec a' dans f(A) et b' dans f(B). En passant aux sous-groupes engendrés, nous trouvons <f(X)> = <Y>, ce qui peut s'écrire f(<X>) = <Y>. Par définition de (A, B), <X> est égal à (A, B) et, de même, <Y> est égal à (f(A), f(B)), d'où l'énoncé.



Définition

Soit G un groupe. On appelle groupe dérivé de G et on note D(G) le sous-groupe (G, G) de G, autrement dit le sous-groupe de G engendré par les commutateurs d'éléments de G.

Remarques.
1) Certains auteurs [3] notent G' le groupe dérivé de G.
2) Le groupe dérivé de G n'est pas forcément réduit à l'ensemble des commutateurs d'éléments de G [4].
3) Le groupe dérivé de G est parfois appelé groupe des commutateurs de G, ce qui est un abus de langage, vu la remarque précédente.
4) Nous avons vu que, si A et B sont deux sous-groupes de G, (A, B) = 1 si et seulement tout élément de A commute avec tout élément de B. En faisant A = B = G, nous trouvons que D(G) = 1 si et seulement G est commutatif.


Théorème

Soit f un homomorphisme d'un groupe G1 dans un groupe G2. Alors f(D(G)) est contenu dans D(G2). Si f est surjectif, on a l'égalité.

Démonstration. Nous avons vu que si A et B sont deux sous-groupes de G1, l'image de (A, B) par f est (f(A), f(B)). En faisant A = B = G1, nous trouvons que l'image de D(G1) par f est (f(G1), f(G1)). Comme (f(G1), f(G1)) est contenu dans (G2, G2) = D(G2) et lui est égal si f est surjectif, l'énoncé en résulte.


Théorème

Le groupe dérivé d'un groupe G est un sous-groupe caractéristique (et donc distingué) de G.

Démonstration. En faisant G1 = G2 = G dans le théorème précédent, nous touvons que D(G) est stable par tout endomorphisme de G. A fortiori, c'est un sous-groupe caractéristique de G.



Théorème

Soit f un homomorphisme d'un groupe G dans un groupe commutatif H. Le groupe dérivé de G est contenu dans le noyau de f. Si \ \pi désigne l'homomorphisme canonique de G sur G/D(G), tout homomorphisme de G dans un groupe commutatif H s'écrit de façon unique \ \tilde{f} \circ \pi, où \ \tilde{f} est un homomorphisme de G/D(G) dans H.

Démonstration. D'après un théorème précédent, f(D(G)) est contenu dans D(H). Puisque H est commutatif, D(H) = 1, donc f(D(G)) = 1, ce qui prouve la première assertion de l'énoncé. La seconde en résulte, compte tenu des théorèmes sur la décomposition d'un homomorphisme (chapitre sur les sous-groupes distingués et les groupes quotients).


Théorème

Soit G un groupe. Le groupe quotient G/D(G) est commutatif.

Démonstration. Soit \ \pi l'homomorphisme canonique de G sur G/D(G). Puisque \ \pi est surjectif, nous avons, d'après un précédent théorème, \ \pi (D(G) = D(G/D(G)). Le premier membre est égal à D(G)/D(G) et est donc réduit à l'élément neutre. Le second membre D(G/D(G)) est donc réduit à l'élément neutre. Nous avons vu que le dérivé d'un groupe est réduit à l'élément neutre si et seulement si ce groupe est commutatif, donc G/D(G) est commutatif. (On peut évidemment donner une démonstration plus directe.)


Théorème

Soit G un groupe. Tout sous-groupe de G contenant D(G) est distingué dans G.

Démonstration. Nous avons vu (chapitre Sous-groupes distingués et groupes quotients, section Sous-groupes d'un groupe quotient) que si G est un groupe et H un sous-groupe distingué de G, alors un sous-groupe K de G contenant H est distingué dans G si et seulement si K/H est distingué dans G/H. Dans le cas où H = D(G), le quotient G/H est commutatif, donc tous ses sous groupes sont distingués. Il en résulte que tout sous-groupe K de G contenant D(G) est distingué dans G.
Remarque. On trouvera une autre démonstration dans les exercices.


Théorème

Soient G un groupe et H un sous-groupe distingué de H. Pour que le quotient G/H soit commutatif, il faut et il suffit que H contienne D(G).

Démonstration. Si le quotient G/H est commutatif, alors, d'après un des théorèmes ci-dessus, D(G) est contenu dans le noyau de l'homomorphisme canonique de G sur G/H, c'est-àdire est contenu dans H. Réciproquement, soit H un sous-groupe distingué de G contenant D(G). Alors, d'après le troisième théorème d'isomorphisme, G/H est isomorphe au quotient de G/D(G) par H/D(G). Comme G/D(G) est commutatif et que tout quotient d'un groupe commutatif est commutatif, G/H est commutatif.


Théorème

Le dérivé du groupe symétrique Sn est le groupe alterné An.

Démonstration. Désignons par \ \epsilon l'homomorphisme de de Sn dans {1, - 1} qui applique σ sur sa signature. Puisque le groupe d'arrivée de cet homomorphisme est commutatif, il résulte d'un théorème ci-dessus que D(Sn) est contenu dans le noyau de \ \epsilon, autrement dit est contenu dans An. Prouvons que réciproquement, An est contenu dans D(Sn). Puisque An est engendré par les cycles d'ordre 3, il suffit de prouver que tout cycle d'ordre 3 est un commutateur. Soit (a b c) un cycle d'ordre 3. Puisqu'il est d'ordre 3, il est le carré de son inverse (c b a) :

(1) \qquad (a b c) = (c b a) (c b a).

Puisque (c b a) et (a b c) ont la même structure cyclique, ils sont conjuqués l'un de l'autre. Nous pouvons d'ailleurs préciser que (c b a) = (a c) (a b c) (a c)-1. En remplaçant par cette valeur le second facteur (c b a) du second membre de (1), nous trouvons

(a b c) = (c b a) (a c) (c b a)-1 (a c)-1,

ce qui prouve bien que (a b c) est un commutateur, comme annoncé.

Remarques. 1) Pour prouver que (a b c) est un commutateur, on aurait aussi pu noter que (a b c) = (a b) (a c) (a b)-1 (a c)-1.
2) Comme déjà dit, le groupe dérivé d'un groupe G n'est pas forcément réduit aux commutateurs d'éléments de G. On verra cependant dans les exercices que tout élément de An est un commutateur d'éléments de Sn.


[modifier] Notes et références

  1. N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 6, n° 2; Paris, 190, p. 65.
  2. Par exemple P. Tauvel, Algèbre, 2e éd., Paris, 2005, p. 42.
  3. Par exemple J. J. Rotman, An introduction to the theory of groups, 4e éd., tirage 1999, p. 33.
  4. N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 6, exerc. 16, Paris, 1970, p. 137, en donne un exemple qui repose sur la théorie des espaces vectoriels. Voir aussi J. J. Rotman, An introduction to the theory of groups, 4e éd., tirage 1999, pp. 34-35.
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