Groupe (mathématiques)/Action de groupe

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Action de groupe
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Chapitre 8
Leçon : Groupe
Chap. préc. : Conjugaison, centralisateur, normalisateur
Chap. suiv. : Produit de groupes
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Groupe (mathématiques)/Action de groupe
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Sommaire

[modifier] Définition d'une action

Une action à gauche d'un groupe G (de loi de groupe notée multiplicativement) sur un ensemble X est une application G\times X\rightarrow X envoyant (g,s) sur un élément noté g.s, telle que :
  • Pour tous éléments g et h de G, g.(h.s) = (gh).s ;
  • Pour tout élément s de X, 1.s = s.

Remarques :
1) Pour un élément g de G et un élément s de X, on écrit souvent gs au lieu de g.s. On utilise aussi parfois la notation exponentielle \ ^{g}s [1]. La relation g.(h.s) = (gh).s ci dessus devient alors \ ^{g}(^{h}s)=^{gh}s.
2) On rappelle que l'ensemble des bijections d'un ensemble X dans X muni de la composition forme un groupe noté S(X) ou \ S_{X} ou \mathfrak{S}(X) (groupe des permutations de X) ; il a été introduit au chapitre 1. Si G agit sur X, l'application m_g:X\rightarrow X:s\mapsto g.s est une bijection dont l'inverse est m_{g^{-1}}. Les propriétés ci-dessus se traduisent :

  • \forall g,h\in G, \; m_{gh}=m_g\circ m_h ;
  • \ m_e=Id_X.

Autrement dit, l'application m:G\rightarrow S(X) est un morphisme de groupes. Un tel morphisme est appelé opération de G sur X[2]. Réciproquement, tout morphisme de groupes G\rightarrow S(X) définit une action du groupe G sur X par : g.x = mg(x).

En raison de cette correspondance, on peut dire (un peu abusivement) :

Les actions de groupes de G sur X sont exactement les morphismes G\rightarrow S(X).

Nous dirons indifféremment : « soit G un groupe agissant sur un ensemble X », « soit G un groupe opérant sur un ensemble X » et « soit X un G-ensemble ».

Si G agit sur deux ensembles X et Y, une application f:X\rightarrow Y est appelée [3] un homomorphisme de G-ensembles (ou un G-morphisme, ou une application compatible avec les opérations de G) si, pour tout x dans X et pour tout g dans G, on a :

f(g.x) = g.f(x).

Soient G un groupe opérant sur un ensemble X et H un groupe opérant sur un ensemble Y. On dit [4] que ces opérations sont équivalentes s'il existe un isomorphisme \ \sigma de G sur H et une bijection f de X sur Y tels que, pour tout élément g de G et tout élément x de X, on ait

f(g.x) = σ(g).f(x).

On dit aussi dans ce cas que le G-ensemble X et le H-ensemble Y sont isomorphes [5].


[modifier] Exemples

(On notera par juxtaposition aussi bien l'action de G sur X que la composition dans G.)

  • Action triviale de G sur X : pour tout élément g de G, la permutation de X associée à g est la permutation identique; autrement dit, g.x = x pour tout élément g de G et tout élément x de X; l'homomorphisme de G dans \ S_{X} est l'homomorphisme trivial (valant partout l'élément neutre de \ S_{X}).
  • G agit sur lui-même (plus exactement : sur son ensemble sous-jacent) par translation à gauche : pour tout élément g de G, la permutation associée à g est la translation à gauche x \mapsto gx, où gx désigne le produit de g et de x dans le groupe G; autrement dit, l'action en question, si on la considère comme une application de G \times G dans \ G, est identique à la loi de composition du groupe G.
  • Si H est un sous-groupe de G, G agit par translation à gauche sur l'ensemble G/H des classes à gauche de G suivant H : pour tout élément g de G, la permutation de G/H associée à g est la permutation X \mapsto gX. (Si X est une classe à gauche xH, gX en est une aussi, à savoir la classe (gx)H de gx.)
  • Opération d'un groupe sur lui-même par conjugaison (ou par automorphismes intérieurs) : pour tout élément g du groupe G, la permutation (de l'ensemble sous-jacent) de G associée à g est l'automorphisme intérieur x \mapsto gxg^{-1}, autrement dit g.x = gxg − 1. Il s'agit bien d'une opération du groupe G sur (l'ensemble sous-jacent de) G, car nous avons vu que si Int(g) désigne l'automorphisme intérieur x \mapsto gxg^{-1} de G, l'application g \mapsto \mathrm{Int}(g) définit un homomorphisme de G dans Aut(G) et donc aussi dans le groupe des permutations de (l'ensemble sous-jacent de) G.
  • Si un groupe G opère sur un ensemble X, si H est sous-groupe de G, l'opération de G sur X induit de façon évidente une opération de H sur X : l'application H \times X \rightarrow X est la restriction de l'application G \times X \rightarrow X et l'homomorphisme H \rightarrow S_{X} est la restriction de l'homomorphisme G \rightarrow S_{X}.

[modifier] Vocabulaire

  • Soit G un groupe opérant sur un ensemble X. On dit qu'un élément g de G agit trivialement (sur X) si, pour tout élément x de X, g x = x. Cela revient à dire que g appartient au noyau de l'homomorphisme de G dans SX correspondant à l'action de G sur X.
  • Une action d'un groupe G sur un ensemble X est dite fidèle si l'homomorphisme de G dans SX correspondant à cette action est injectif. Cela revient à dire que le seul élément de G qui agit trivialement est l'élément neutre.
  • L'orbite d'un point x de X pour une opération d'un groupe G sur l'ensemble X est l'ensemble des éléments g.xg parcourt le groupe G. On parle de G-orbite d'un élément de X si la mention du groupe G suffit à faire comprendre de quelle opération il s'agit. Deux orbites sont égales ou disjointes, les orbites partitionnent X. Une orbite réduite à un seul élément est parfois appelée orbite ponctuelle[6].
  • Si g est un élément de G et x un élément de X, si g.x=x, on dit que g fixe x ou que x est un point fixe de g. Les points fixes de g⁻¹ sont exactement les points fixes de g. (En effet, on passe de l'égalité g(x) = x à l'égalité g⁻¹(x) = x en multipliant les deux membres à gauche par g-1} et de la seconde égalité à la première en multipliant les deux membres à gauche par g.)
  • On dit qu'un élément x de X est point fixe pour l'opération de G sur X si x est fixé par tout élément de G[7], ce qui revient à dire que l'orbite de x est réduite à x.
  • Le stabilisateur d'un élément x de X est l'ensemble des éléments g de G qui fixent x, autrement dit tels que g.x=x. C'est un sous-groupe de G. Il en résulte qu'un élément x de X est point fixe d'un élément g de G si et seulement s'il est point fixe pour l'opération du sous-groupe <g> de G sur X. (Nous retrouverons ce fait dans l'étude des groupes symétriques finis.)
  • Une action est dite transitive lorsqu'elle possède une et une seule orbite. (Postuler l'existence d'une orbite revient à postuler que l'ensemble sur lequel le groupe opère n'est pas vide[8].) Si un groupe G opère transitivement sur un ensemble X, on dit que X est un G-ensemble homogène[9] ou encore un G-espace homogène[10].
  • Une action est dite libre lorsque tout élément non neutre de G est sans points fixes.
  • Une action d'un groupe G sur un ensemble X est dite simplement transitive si elle est transitive et libre. On dit alors que X est un G-ensemble homogène principal[11]. Pour tout élément x de X, l'application \ f_{x} : G \rightarrow X : g \mapsto gx est alors une bijection de G sur X. En particulier, X est équipotent à G. (L'application \ f_{x} est appelée l'application orbitale définie par x.)

Remarque : si x est un élément donné d'un G-ensemble X, on a vu qu'on définit de façon évidente une action à gauche de G sur G/Stab(x) (ensemble des classes à gauche de G modulo Stab(x)). L'application g\mapsto gx induit un isomorphisme de G-ensembles G/Stab(x)\rightarrow O(x). En particulier, le cardinal de l'orbite d'un point est égal à l'indice dans G du stabilisateur de ce point. (Nous utiliserons ce fait dans l'équation aux classes.)

  • Les orbites de x et de y sont dites de même type lorsque leurs stabilisateurs sont conjugués comme sous-groupes de G.

[modifier] Action à droite

(Le lecteur peut se contenter de survoler cette section.)

Soient G un groupe et X un ensemble. Comme pour la définition d'une action à gauche, considérons une application G\times X\rightarrow X envoyant (g,x) sur un élément noté g.x ou gx, telle que :

  • pour tout élément x de X, 1.x = x

mais supposons maintenant que :

  • pour tous éléments g et h de G et tout élément x de X, g.(h.x) = (hg).x.

Une telle application est appelée action à droite de G sur X. On vérifie facilement que, pour tout g \in G, l'application \sigma_{g} : x \mapsto gx de X dans lui-même est une bijection et que l'application g \mapsto \sigma_{g} est un homomorphisme de G dans l'opposé du groupe des permutations de X. (Rappelons que cet opposé est l'ensemble des permutations de X muni de la loi de composition f * g = g \circ f, de sorte que f \star g (x) = g(f(x)).)
Réciproquement, pour tout homomorphisme λ de G dans l'opposé du groupe des permutations de X, il existe une et une seule action à droite de G sur X telle que l'homomorphisme associé à cette action comme ci-dessus soit λ.

Soient G un groupe et X un ensemble. On vérifie facilement les deux faits suivants :
1° une application G\times X\rightarrow X : x \mapsto gx est une action à droite relativement au groupe G si et seulement si elle est une action à gauche relativement au groupe opposé de G;
2° une application G\times X\rightarrow X : x \mapsto gx est une action à droite relativement au groupe G si et seulement si l'application G\times X\rightarrow X : x \mapsto g^{-1}x est une action à gauche relativement au même groupe G.

Il est donc possible de passer mécaniquement d'un énoncé relatif aux actions à gauche à un énoncé relatif aux actions à droite. Cela explique que les auteurs qui considèrent des actions à gauche ne s'occupent généralement pas des actions à droite, et réciproquement. Quand on traite d'une action à droite d'un groupe G sur un ensemble X, on préfère placer l'élément (soit g) de G à droite de l'élément (soit x) de X et écrire xg plutôt que gx. La règle g(hx) = (hg)x prend alors la forme plus élégante (xh)g = x(hg). Toujours dans le cas d'une action à droite, on écrit aussi xg au lieu de gx; ici encore, la règle se formule de façon plus élégante.

Les auteurs qui considèrent des actions à droite appellent en général groupe de permutations d'un ensemble X le groupe opposé du groupe qui est appelé ici le groupe des permutations de X[12]. Dans la terminologie de ces auteurs, ce sont donc les actions à droite (et non à gauche) d'un groupe G sur un ensemble X qui correspondent aux homomorphismes de G dans le « groupe des permutations » de X. Ces auteurs désignent l'image d'un élément x par une permutation α en plaçant α à droite de x, c'est-à-dire que là où nous écrivons α(x), ils écrivent xα ou xα. La définition de ce qu'eux appellent le groupe des permutations est alors (avec la seconde notation) :

xα * β = (xα)β,

ce qui rend l'harmonie des notations complète.

[modifier] Équation aux classes

Soit G un ensemble agissant sur un ensemble X. Soit Ω l'ensemble des orbites. Puisque les orbites partitionnent X, nous avons

\vert X \vert = \sum_{\omega \in \Omega}{} \vert \omega \vert ,
ω parcourt les orbites et où les barres verticales désignent le cardinal.
Soit (x_{\omega})_{\omega \in \Omega} une famille d'éléments de X tels que, pour chaque orbite ω, xω appartienne à ω. (Nous choisissons donc un et un seul élément dans chaque orbite.) L'égalité ci-dessus peut s'écrire
\vert X \vert = \sum_{\omega \in \Omega}{} \vert orb(x_{\omega}) \vert
orb(x) désigne l'orbite de x.
Nous avons vu que le cardinal de l'orbite d'un point x est égal à l'indice dans G du stabilisateur Gx de ce point, donc
\vert X \vert = \sum_{\omega \in \Omega}{} [G:G_{x_{\omega}}] .
Il revient au même de dire que si (x_{i})_{i \in I} est une famille d'éléments de X telle que, pour toute orbite ω, il existe un et un seul i \in I tel que x_{i} \in \omega , on a
\vert X \vert = \sum_{i \in I}{} [G:G_{x_{i}}] .

En séparant des autres les orbites ponctuelles (c'est-à-dire réduites à un élément) et en notant que le nombre des orbites ponctuelles est égal au nombre des points fixes de l'opération considérée, nous pouvons mettre l'égalité ci-dessus sous la forme suivante : soit X' l'ensemble des points fixes, soit (x_{j})_{j \in J} une famille d'éléments de X telle que, pour toute orbite non ponctuelle ω, il existe un et un seul j \in J pour lequel x_{j} \in \omega , alors
\vert X \vert = \vert X' \vert + \sum_{j \in J}{} [G:G_{x_{j}}] .

L'égalité que nous venons de donner sous deux formes est parfois[13] appelée « équation aux classes » ou « formule des classes », mais la plupart des auteurs réservent l'expression « équation aux classes » au cas où l'opération considérée est l'opération de G sur lui-même par conjugaison. Alors X' est le centre Z(G) de G et les G_{x_{j}} sont les centralisateurs CG(xj) des xj, donc si (x_{j})_{j \in J} est une famille d'éléments de G telle que, pour toute classe de conjugaison ω non réduite à un élément, il existe un et un seul j \in J pour lequel x_{j} \in \omega , alors
\vert G \vert = \vert Z(G) \vert + \sum_{j \in J}{} [G:C_{G}{x_{j}}] .

Cette équation est utilisé par exemple pour démontrer le théorème de Cauchy[14] ou encore la non-trivialité du centre de tout groupe fini non trivial dont l'ordre est une puissance de nombre premier[15].

[modifier] Le centralisateur et le normalisateur vus comme stabilisateurs

Soient G un groupe et x un élément de G. Le centralisateur de x, c'est-à-dire le sous-groupe de G formé par les éléments de G qui commutent avec x, est le stabilisateur de x pour l'action du groupe G sur lui-même par conjugaison. D'autre part, l'orbite de x pour cette action est l'ensemble des conjugués de x dans G. Puisque le cardinal de l'orbite d'un élément est égal à l'indice du stabilisateur de cet élément dans le groupe opérant, nous pouvons énoncer :


Proposition

Soient G un groupe et x un élément de G. L'ensemble des conjugués de x dans G a pour cardinal l'indice (dans G) du centralisateur de x dans G.

Soient maintenant G un groupe et H un sous-groupe de G. Le groupe G agit transitivement par conjugaison sur l'ensemble des conjugués de H dans G. Le stabilisateur de H pour cette action est son normalisateur dans G. Donc, comme précédemment :


Proposition

Soient G un groupe et H un sous-groupe de G. L'ensemble des conjugués de H dans G a pour cardinal l'indice (dans G) du normalisateur de H dans G.

[modifier] Notes et références

  1. Voir par exemple N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 6, n° 1, définition 2, Paris, 1970, p. 64.
  2. N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 5, n° 1, Paris, 1970, p. 49. N. Bourbaki, ib., p. 50, appelle loi d'opération ce qui est appelé ici action. Il donne un sens plus général au mot action (ib., § 3, n° 1, p. 23). D. Perrin, Cours d'algèbre, Paris, 2004, p. 13, ne parle que d'opération d'un groupe sur un ensemble, et non d'action.
  3. N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 5, Paris, 1970, p. 50.
  4. J. Calais, Éléments de théorie des groupes, Paris, 1984, p. 206.
  5. J. J. Rotman, An introduction to the theory of groups, 4e éd., tirage de 1999, p. 282.
  6. J. Calais, Éléments de théorie des groupes, Paris, 1984, p. 184.
  7. N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, $ 6, n° 5, Paris, 1970, p. 73.
  8. Souligné par N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 5, n° 5, Paris, 1970, p. 56.
  9. N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 5, n° 5, Paris, 1970, p. 56.
  10. P. Tauvel, Algèbre, 2e éd., Paris, 2005, p. 65.
  11. N. Bourbaki, Algèbre, ch. I, § 5, n° 6, Paris, 1970, p. 58.
  12. Voir par exemple P.J. Cameron, Permutation groups, Cambridge, 1999, p.2; H. Kurzweil et B. Stellmacher, The theory of finite groups, New York, 2004, p. 55.
  13. Voir par exemple Jean Delcourt, Théorie des groupes, 2e éd., Paris, 2007, p. 63.
  14. J. J. Rotman, An Introduction to the Theory of Groups, 4e édition, 2e tirage, 1999, théor. 4.2, p. 74.
  15. J. J. Rotman, An Introduction to the Theory of Groups, 4e édition, 2e tirage, 1999, théor. 4.4, pp. 74-75.
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